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Louis Jacques Tron soldat de l'An II

Publié par Marie Christine Duval le mardi 20 avril 2021

La patrie est en danger, les jeunes recrues quittent leur village

Quand la révolution éclate, Claire COLLOMB est veuve depuis un an. Elle s’est retrouvée seule avec sept garçons et une fille, tous mineurs âgés de 1 à 19 ans. Son mari Jacques TRON, né au hameau du Chastel, avait pu installer sa famille au Duc avec quelques terres. Il complétait ses revenus agricoles avec un commerce saisonnier itinérant : on disait alors qu’il était « négociant ». Mais comme tous les paysans à cette époque, il s’était engagé plusieurs fois dans de lourds crédits, en 1776, puis en 1783 pour acheter des terres à la veuve du notaire Honorat, la noble dame De Bonne. Selon la tradition, le fils ainé Louis Jacques se retrouve à la tête du patrimoine familial par testament. Il a 20 ans en 1789, rude période pour les jeunes hommes.

Si Louis Jacques n’est pas volontaire pour s’enrôler dans les premiers bataillons républicains, en revanche il devient « volontaire de 1793 ».

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bataille de Wissembourg en 1793, Wikimedia Commons

Après plusieurs levées d’hommes insuffisantes, une levée en masse va concerner tous les hommes. La réquisition générale est décrétée, tous les Français sont en réquisition permanente. « Les citoyens non mariés ou veufs sans enfant de 18 à 25 ans marcheront les premiers.  Nul ne pourra se faire remplacer ». En 1793 les Basses Alpes fourniront d’abord 1420 hommes, puis 644 pour marcher sur Toulon, où combat Bonaparte, puis environ 3000 hommes dont 567 pour le district de Barcelonnette.  Ce bataillon de l’Ubaye prend le nom de « 1er Bataillon de Tirailleurs de la frontière ». Il est envoyé en montagne, pour faire face aux Piémontais, au sein de l’Armée des Alpes, plus tard Armée d’Italie. Mal nourris, mal équipés les soldats connaitront beaucoup de difficultés. La France va compter au moins 750 000 soldats de l’An II. Louis Jacques part en septembre 1793 dans cette Armée des Alpes, comme une trentaine de jeunes de Méolans. Le 15 mars 1794 le maire de Méolans dresse la liste des 60 hommes de Méolans aux armées. Des fratries entières sont parties, comme les fils de Dominique GILLY aux Testuts, les deux frères DAVIN fils de Dominique le maréchal à forge de Méolans.  Le plus jeune soldat n’a que 17 ans, c’est Jean Louis RICHAUD fils d’André, le plus âgé : Antoine EBRARD est parti à 60 ans. Certains sont enrôlés dans l’Armée du Nord, d’autres dans celle des Pyrénées Orientales.

Parmi ces soldats il y a bien sûr encore quelques volontaires, comme aux premiers jours de la Révolution, mais la plupart partent maintenant contraints et forcés. Jean Baptiste Arnaud, le notaire-avocat de Méolans élu au District puis au Département, est rémunéré pour faire la liste des appelés à Méolans et Revel. En mars 1793 le district a délibéré, il a requis l’officier de gendarmerie pour envoyer dans les communes un ou deux gendarmes, et en premier lieu dans la commune de Revel, pour y arrêter et conduire à Barcelonnette tous les « volontaires », et « en cas d’évasion, saisir pères et mères et  les conduire jusqu’à ce qu’ils aient représenté leur fils ».

En juin 1794, Louis Jacques TRON peut repasser quelques jours chez lui au hameau du Duc. Il s’empresse de passer chez le notaire pour donner procuration à sa mère pour gérer toutes les affaires de la maison et se charger de ses frères et sœur. Le moral doit être bien bas puis qu’il autorise aussi toute vente immobilière en cas de nécessité, à l’appréciation de Claire, sans restriction, et ratifie d’avance tous les actes qu’elle pourra signer…

Trois frères de Louis Jacques : Etienne, François et Charles seront en âge de partir au fur et à mesure des conscriptions. Claire COLLOMB a-t-elle vu partir quatre fils à la guerre ? On sait par les archives qu’Etienne est mort soldat de l’armée des Pyrénées Orientales, après un mois d’hôpital à Clermont L’Hérault dans le Gard… Il reste encore beaucoup de vieux papiers à découvrir pour en savoir plus.

 Le retour de Louis Jacques

Louis jacques a la chance de revenir définitivement, en juin 1795 il est au Laverq. Les circonstances de sa libération des obligations militaires ne sont pas connues : blessure, réforme, exemption pour soutien de famille, mariage ?

Le voici donc revenu mais les difficultés ne sont pas terminées pour les familles de paysans. Les héritiers du notaire Honnoré de Méolans réclament le capital des emprunts. Il faut rembourser les emprunts du père, des crédits qui datent encore de 1776 … Le 18 juin 1795 plusieurs ménagers du Laverq sont convoqués ensemble, ils sont dans le même cas. Ils s’acquittent en assignats, mais pour payer ils ont dû trouver un autre crédit, certains au mont de piété de Barcelonnette.

Et Louis Jacques fait un beau mariage, à La Chanenche à Revel, où il épouse Marie Elisabeth BATTALIER le 30 juin 1795. La jeune mariée vient s’installer au Duc avec « ses meubles et effets ».

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signatures des frères Tron , registre AD04 cote 2 E 12197

En 1798 Louis Jacques peut verser à son cadet François le pécule légué par testament du père. Après Etienne, un autre cadet : Charles est décédé, François reçoit donc un peu plus que prévu.

Mais la vie est bien trop dure au Laverq, l’installation de nouvelles familles y est impossible. Tous les fils cadets de Jacques quittent le hameau du Duc, Claire COLLOMB reste seule au foyer de son ainé. Elle vivra jusqu’en 1807.

 

Sources : AD04 L243 , et registres notaires : 2E12231 M19 028, 2E12197 033, 2E19196 022 

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